De mortuis nihil nisi bonum.
"Une électrice de moins pour le RN (ou pour Zemmour ?)..." - voilà ce qu'inspire la mort de Brigitte Bardot à ce crétin satisfait de
@gduval_perso (Guillaume Duval), ancien rédacteur en chef d'"Alternative économique" (alors qu'il n'y comprend goutte infatigable de @rglucks1 et porte-plume de Joseph Borell (précédent Vice-Président de la Commission européenne et ministre des affaires étrangères de l'inutile Union européenne).
"De mortuis nihil nisi bonum".
La citation est en latin, cela montre depuis combien de temps décence et civilisation vont de paire. De la décence et de la civilisation, Guillaume Duva n'en a cure.
Son propos est soit d'une bêtise crasse, soit d'une petitesse et d'une médiocrité telle qu'on à peine à trouver un mot pour la qualifier. C'est un manque d'éducation cruel. Il ne comprenez pas le début du commencement de ce qu'est la "common decency" que tout prolétaire, bien moins diplômé que lui, comprend spontanément.
Mais il est conforme à son milieu, à son temps, à la toute petite classe bourgeoise vaguement intellectualisée des centres-villes, rabougrie sur elle-même, confite dans son sentiment de supériorité et donneuse de leçon.
Et de leçon, concernant
#BrigitteBardot , c'est Marguerite Yourcenar qui lui en donne une à titre posthume. Et moi je lui livre une réflexion : quand elle fut jeune, Brigitte
#Bardot s'attira la colère de tout ce qui se faisait de conformiste, de catholique rance, de fasciste - elle fut vouée aux gémonies.
Ci-dessous, ce que Yourcenar et Bardot disait l'une de l'autre :
'Il est bon que la beauté et la grâce soient en même temps la bonté". - Marguerite Yourcenar .
1968. Brigitte Bardot est au faîte de sa gloire, une star internationale. Elle reçoit une lettre de Marguerite Yourcenar. Depuis la parution de son roman, Mémoires d'Hadrien, l'écrivaine française qui vit aux Etats-Unis est elle aussi reconnue dans le monde entier. Cette dernière prend la plume pour écrire à la jeune actrice et lui demander son aide.
Madame, admirant comme je le fais l’intérêt que vous avez montré pour tout ce qui concerne la protection des animaux, j’ai prié la direction de l’Œuvre d’Assistance aux Animaux d’Abattoir de me donner votre adresse, et prends sur moi de vous envoyer toute une documentation sur un état de choses que vous connaissez d’ailleurs peut-être déjà : l’horrible massacre annuel des phoques dans les eaux canadiennes, et surtout la mise à mort atrocement cruelle des jeunes phoques. J’ose donc vous demander un geste, que ce soit simplement une lettre de plus au premier ministre du Canada, soit surtout une protestation à la télévision contre l’emploi de ces tragiques peaux de phoques. J’appartiens au groupe qui croît, comme la Fédération Mondiale pour la protection des animaux, que le résultat désiré ne sera vraiment obtenu que par le boycott de la fourrure de phoque. C’est là que l’opinion des femmes joue un rôle immense. Je termine en m’excusant de cette longue lettre, et en vous remerciant encore de ce que vous avez fait pour la cause humanitaire : il est merveilleux que la beauté et la grâce soient en même temps la bonté.
Marguerite Yourcenar
Personne alors ne sait que cette chasse aux blanchons existent, alors que chaque année des milliers de bébés phoques sont massacrés à coup de matraques et leur fourrure aussitôt arrachée. Tout cela pour satisfaire un commerce gigantesque de manteaux en fourrure et d'objets de luxe.
A quel point Brigitte Bardot sera-t-elle touchée par cette lettre ? Toujours est-il qu'en 1973, Bardot mettra fin à sa carrière cinématographique et s'engagera en faveur de la cause animale. Elle met sa célébrité au service de la défense des animaux et dénonce sur les plateaux de télévision cette chasse ignoble aux bébés phoques.
Elle ne s'arrêtera pas là, puisqu'en 1977, elle se rendra sur la banquise canadienne pour se faire photographier avec un bébé phoque dans les bras. Les images font le tour du monde. La Communauté européenne, comme on l'appelle à l'époque, décidera un moratoire sur le commerce des peaux de phoques, puis une interdiction.
Alors que des associations de défense animale tentent depuis des années d'attirer l'attention de l'opinion publique sur cette chasse barbare, Bardot y aura contribué d'une manière décisive grâce à sa renommée mondiale.
Il est impossible de ne pas croire que Marguerite Yourcenar ne l'ait pas inspirée dans ce combat. Et lorsqu'en 1980, alors que l‘écrivaine est reçue à l'Académie française, on lui demande quelle est la personnalité qu‘elle aimerait rencontrer, elle répond : Brigitte Bardot.
Quelques jours plus tard, Yourcenar rend visite à la star désormais recluse à la Madrague. Les deux femmes discuteront à bâtons rompus trois heures durant.
En 1997, Bardot se souviendra de cette rencontre exceptionnelle :
Nous avions en commun toute une philosophie de la vie, un amour fou des animaux, une façon de comprendre l'humanité ou plutôt de ne pas la comprendre, et nous étions toutes les deux végétariennes, ce qui nous posait des problèmes dans les restaurants.
Lorsqu'elle m'a quittée - elle ne pouvait pas faire autrement, ayant le soir même un dîner officiel à Marseille avec Defferre, le maire de l'époque - c'est comme si mon feu de bois s'était éteint et que la lumière avait disparu. Elle est repartie sous la pluie avec son châle noir sur le visage, souriante, chaleureuse, intelligente, exceptionnelle, rare.
Lorsque parfois le courage me manque, je relis des passages de ses livres, ou les dédicaces qu'elle m'a offertes.
Elle m'aide à vivre.